Au Honduras, une nouvelle alliance s'oppose à des réformes législatives controversées
Juillet 2026
Au Honduras, plusieurs réformes législatives controversées du gouvernement du président Nasry Asfura suscitent une forte opposition. De nombreuses organisations de défense des droits humains avertissent que ces nouvelles lois affaibliraient la protection des droits humains, criminaliseraient les manifestations sociales et aggraveraient les conflits fonciers existants. En réaction, l’Alianza Campesina, Indígena y Popular a été fondée le 28 mai 2026. Cette nouvelle alliance rassemble 30 organisations paysannes, autochtones et sociales de tout le pays, dont cinq sont accompagnées par Peace Watch Switzerland (PWS).
Cette alliance a notamment été créée en réaction à l’adoption de la loi relative à la promotion et à la protection du secteur agro-industriel, ainsi que des projets dans les domaines de l’énergie, du tourisme et de l’élevage, au détriment des petites exploitations agricoles (décret législatif n° 107-2026). Selon les organisations sociales, cette loi privilégie les intérêts économiques des grandes entreprises au détriment des droits des communautés paysannes et autochtones. Elles craignent que les conflits fonciers soient davantage criminalisés et que les droits fonciers collectifs soient affaiblis.
Parallèlement, les réformes du code pénal et du code de procédure pénale (décret législatif n° 84-2026) suscitent de vives inquiétudes. Ce dernier renforce la répression de la criminalité organisée et élargit le champ d’application des sanctions pénales.
Dans leurs prises de position respectives, la Coalición Contra la Impunidad (CCI) (prise de position du 30 juin 2026) et l’organisation garifuna OFRANEH, soutenue par PWS (prise de position du 29 juin 2026), qualifient la nouvelle loi visant à promouvoir et à protéger le secteur agro-industriel d’inconstitutionnelle et de contraire aux droits humains. La CCI critique notamment le fait que cette loi accorde une protection juridique privilégiée à certains secteurs économiques et oblige les institutions publiques à garantir en priorité leurs intérêts, au détriment des droits fondamentaux des communautés concernées. L’OFRANEH met en garde contre le fait que cette loi institutionnalise la criminalisation de la défense des territoires des peuples autochtones et afro-descendants. Les conflits fonciers seraient traités comme des occupations illégales avant même toute décision judiciaire, et le droit pénal serait utilisé pour faciliter les expulsions et les expropriations au profit des intérêts économiques des grandes entreprises. Selon l’OFRANEH, cette loi enfreint également la convention n° 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui oblige le Honduras à consulter les communautés autochtones et afro-descendantes avant toute initiative législative ou tout projet concernant leurs territoires et leurs droits, et à protéger leurs droits fonciers collectifs, ainsi que la jurisprudence de la Cour interaméricaine des droits humains.
PWS soutient les revendications de l’Alianza Campesina, Indígena y Popular ainsi que celles d’autres organisations honduriennes de défense des droits humains (déclaration du 28 mai 2026).
Ensemble, nous appelons les autorités honduriennes à :
- abroger la nouvelle loi visant à promouvoir et à protéger les secteurs de l’agro-industrie, de l’énergie et du tourisme, ou à en suspendre l’application jusqu’à ce qu’elle ait été révisée conformément aux obligations internationales de l’État hondurien en matière de droits humains, en concertation avec les organisations de défense des droits humains et les communautés concernées ;
- vérifier la conformité de toutes les nouvelles lois avec la Constitution et les normes internationales relatives aux droits humains ;
- mener une enquête indépendante sur les attaques et le massacre de Rigores survenus le 21 mai 2026 dans le Bajo Aguán, et traduire les responsables en justice ;
- mettre fin à la criminalisation des organisations paysannes, autochtones, garifunas et des autres organisations sociales ;
- abroger les dispositions pénales susceptibles d’être utilisées abusivement pour réprimer les manifestations sociales, et garantir le droit de réunion et de manifestation pacifiques ;
- mettre en place des mécanismes démocratiques de dialogue et de résolution des conflits fonciers, avec la participation des communautés concernées ;
- démanteler les structures armées et criminelles présentes dans les zones de conflit.
- respecter les droits fonciers collectifs des communautés autochtones, afro-descendantes et paysannes, et appliquer les arrêts de la Cour interaméricaine des droits de l’homme.
La création de l’Alianza Campesina, Indígena y Popular témoigne du renforcement de la solidarité de la société civile hondurienne face aux évolutions politiques actuelles, afin de défendre les droits humains, les droits fonciers et les libertés démocratiques. PWS souligne une fois de plus l’importance de l’accompagnement international pour la protection des communautés concernées et le renforcement de leur travail de plaidoyer.
